Marche du 23 août : La véritable victoire, c’est l’alternance en 2015 !

Publié le mardi 2 septembre 2014

L’opposition crie victoire après la mobilisation réussie du 23 août. De son côté le pouvoir, exploitant les déclarations contradictoires de l’opposition lors de ses différentes manifestations, parle de régression. C’est de bonne guerre. Mais au-delà de cette nouvelle polémique, nul ne peut soutenir raisonnablement que le 23 août fut un échec.

La bataille des chiffres que l’on se plait à exhiber de part et d’autre relève bien plus de l’anecdote qu’autre chose. Ce qui est vrai c’est que les deux blocs qui se font face sont de dimensions sensiblement égales. Et c’est bien là le succès que l’opposition peut légitimement revendiquer au regard de sa propre histoire.

Organiser un référendum pour se retrouver au lendemain avec un pays divisé en deux blocs sensiblement égaux ne peut être une solution à la crise que traverse le pays. La sagesse commande donc que cette idée soit abandonnée et elle le sera.

Cependant la véritable victoire de l’opposition ce n’est pas que Blaise accepte de renoncer à son référendum mais celle qui apportera une alternance pacifique au pays des hommes intègres.

Si d’aventure le CDP devait se retrouver encore aux commandes du Burkina en 2015, c’en serait fini pour longtemps de nos rêves d’alternance. Pourquoi, parce que la déception et le découragement seront tels au sein de la jeunesse que sa démobilisation risque de durer. L’urgence consiste donc à préparer dès maintenant les conditions de l’alternance. Comment ?

En commençant par balayer tout de suite l’idée fausse selon laquelle, Blaise déclaré hors jeu, le CDP ne fera pas le poids. Rien ne permet objectivement une idée aussi dangereuse. Dans l’euphorie de l’arrivée du MPP sur l’échiquier politique national, un militant de ce nouveau parti nous a laissé entendre que bientôt ils seront aux affaires.

Certes, ce nouveau venu semble être adoubé par de nombreux burkinabé mais il accuse à ce jour de nombreuses faiblesses qui pourraient lui être fatales, si rien n’est fait pour les corriger au plus vite. Le pouvoir en place à d’ailleurs entrepris avec quelques succès de les exploiter. Il faut souhaiter que l’avertissement soit compris et pris au sérieux.

 Un autre défi et non des moindres est celui de la stratégie à construire pour la conquête du pouvoir par l’opposition. C’est cela qui déterminera en grande partie la possibilité d’une alternance en 2015. En face, le CDP sous la férule des frères Compaoré est plutôt bâti comme une structure militaire qui a ses défauts mais aussi ses avantages.

Un de ses avantages, c’est l’obéissance quasi aveugle au chef. Le candidat qui recevra l’onction de Blaise aura automatiquement l’aval du CDP taillé pour servir les besoins de son chef.

L’Evénement a dévoilé dans sa précédente édition le choix porté par Blaise sur le général Diendéré. Malgré les casseroles que ce dernier traîne conjointement avec son mentor, il ne sera pas si son choix est confirmé un candidat facile à battre.

Tout le battage qui est aujourd’hui fait sur la question de la paix a pour conséquence l’instauration d’un climat d’inquiétude et de peur pour l’avenir de notre pays. Blaise laisse-t-on croire a mis de longues années à construire la paix et aucun civil ne serait capable de préserver cet acquis.

On se souviendra que même le précédent archevêque de Ouagadougou avait tenu un discours semblable. La situation dans la sous-région avec le Mali qui a du mal à se réconcilier avec ses touaregs. Boko Haram n’est pas loin de nos portes et la Côte d’Ivoire est loin d’avoir consolidé son processus de réconciliation.

Le contexte comme on le voit crédibilise une candidature comme celle de Diendéré. Bien exploité, le thème de la paix et de la sécurité pourrait donc faire florès.

Et si pour une raison quelconque, un civil venait à être préféré à Diendéré, la partie ne sera pas plus aisée pour le candidat de l’opposition. Un homme comme Kadré Désiré Ouedraogo pourrait par exemple être un bon cheval pour le CDP.

De son parcours au sein du gouvernement comme premier ministre, il n’a pas laissé une mauvaise image de lui et l’homme est plutôt bien apprécié par la communauté internationale.

Tous ces candidats peuvent faire mal si Blaise avec ses moyens financiers colossaux et la sympathie que son retrait ne manquera pas d’inspirer au sein d’une certaine opinion nationale décidait de s’investir pour l’un ou l’autre. 

Certains leaders de l’opposition en sont bien conscients mais vont-ils s’investir en faveur d’une stratégie gagnante au sein de l’opposition politique ? C’est là toute la question. Surtout que de l’autre côté, le pouvoir va travailler davantage à semer les graines de la division en leur sein.

Le Sénégal a réussi extraordinairement le pari de l’alternance, grâce à une stratégie intelligente. En sera-t-il de même pour le Burkina ?

Par Germain B. NAMA


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