Souleymane Koly, le maestro du koteba n’est plus

Publié le vendredi 15 août 2014

Les gos de Kotéba sur scène

A 70 ans il avait encore du talent et de l’énergie à revendre. Hélas, le sort en a décidé autrement ce vendredi 1er juillet 2014 où il a rendu l’âme à Conakry, la capitale de son pays natal. Ce retour vers la terre des pères, Souleymane Koly Kourouma l’avait amorcé depuis 2010.

Auparavant, c’est au bord de la lagune Ebrié à Abidjan, qu’il a bâti son succès planétaire. Il y avait jeté son baluchon dès 1971. Dans une récente interview accordée à la télévison guinéenne, il expliquait comment il appréciait tant, la vivacité du théâtre et de la danse contemporaine au Burkina Faso.

Une de ses Gos a d’ailleurs monté un spectacle avec Salia nii Seydou. D’Abidjan à Bamako, en passant par Ouagadougou, le fondateur de l’ensemble Kotéba se sentait partout chez lui en Afrique de l’Ouest. Le Kotéba d’origine malinké est une geste populaire, une sorte de spectacle qui mêle critique satirique et didactisme sur les faits sociaux vécus ici ou là-bas.

Expressions corporelles appropriées alliant jeu de son et de lumière, les récits de l’ensemble artistique, ne laissent personne indifférent. A Bobo Dioulasso, au début de l’année 80, de nombreux jeunes gens dans les grins de thé, grâce à la magie du petit-écran qui venait d’arriver, pouvaient réciter à cœur joie, les actes d’ « Adama champion » qui faisaient se plier de rire, jeunes et vieux. Et que dire de « Didi par-ci, Didi par là »…

Plus d’une vingtaine de créations à succès sont inscrites à son palmarès. Puis les charmantes demoiselles (go en jargon de rue d’Afrique de l’Ouest) qui accompagnaient les mises en scène du maître Koly, prendront leur part de succès à travers les « Gos de Kotéba ».

Concept bien pensé. Comédies musicales, pièces à propos sur des faits de société, la marque Koly a séduit l’Afrique et le monde. La preuve : des trois gos, une seule est restée au pays, les deux autres monnayent leurs talents outre atlantique ; sans oublier qu’elles peuvent se permettre le luxe de remplir des salles en solo. C’est ce courage et cette persévérance qui ont été à la base de la création de la compagnie Kotéba, en 1974 à Abidjan.

Cet Abidjan, le maestro l’a revu début juillet pour le lancement de la fête des 40 ans de Kotéba. Le top départ a été donné le 17 mai, à Paris et le spectacle doit continuer jusqu’à la fin de l’année 2015 au Mali en Guinée et en Côte d’Ivoire. Sociologue de formation Souleymane a su mettre son savoir au profit de son art. Le Kotéba, est fondamentalement un théâtre social. 

Koly en s’inspirant des cultures locales, a pu créer une sorte de théâtre fait de diversité culturelle ouest africaine, qui s’exporte allègrement à travers le monde, avec beaucoup de réussite. Scénariste, réalisateur, chorégraphe et musicien, Souleymane Koly fut directeur du Département des Arts et Traditions populaires à l’Institut National des Arts d’Abidjan

Il fut aussi expert chargé d’études à la Direction du Plan de 1973 à 1984 dans le même pays. Avec Houphouët Boigny, au moins l’Ivoirité n’avait pas droit de vie. Puis après les choses se gâtent progressivement.

Koly qui avait déjà anticipé dans la sensibilisation à travers les comédies musicales des Gos (Maaté Keita, Gnama Kanté et Hawa Sangoh), va finir par répondre à l’appel de son ami devenu ministre de la culture en Guinée. En mai 2011, il est fait conseiller principal chargé du développement culturel international au ministère de la Culture de Guinée. 

Il déclare ceci au journaliste Aboubacar Kanté : « Je suis en Guinée parce que mon ami m’a fait appel. L’actuel ministre de la Culture m’a demandé d’être son conseiller culturel chargé du développement. Et j’ai accepté sans hésitation. C’est ma patrie qui a besoin de mon expérience. Depuis que je suis là, un travail sérieux est en train de se faire, mais c’est le ministre qui doit le dévoiler au grand public.

Mais il faut que les guinéens comprennent que la Guinée vient de loin, et que ce ne sont pas les actions les plus tapageuses qui sont les plus porteuses sur le long terme. Donc, depuis un an, il y a un travail qui est fait en particulier en termes de réflexion, de projection, de prévision de projet qui est indéniable. Donc, c’est en cela que je suis associé. Je crois qu’il ne va pas tarder à le dire. »

Indépendant dans l’esprit et le geste, Koly dénonçait récemment encore sur la télé nationale guinéenne, le manque de professionnalisme des acteurs culturels et le laxisme dans la gestion de la chose publique, la programmation d’une représentation sur laquelle il avait longuement travaillé ayant été annulée sine die. 

Ce qui l’amenait à regretter la rigueur de l’époque Sékoutouréenne qui l’avait pourtant maintenu en exil. Bien qu’ayant une bonne appréciation du Burkina Faso et de ses hommes de culture, il avait choisi de survoler ce pays dans le cadre de la célébration de ses 40 ans de scène (2014-2015).

Concernant le Mali, la Côte d’Ivoire, la Guinée, la France, il disait avoir porté son choix sur "quatre pays qui ont une certaine forme de légitimité". No comment ! Le 18 août prochain, celui qui a été fait chevalier dans l’ordre du mérite Français en 1998, et dans celui ivoirien en 2001 aurait célébré son 70ème anniversaire … Adieu l’artiste !

Ludovic O KIBORA

 


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