Affaire Nébié : Une procédure volontairement torpillée dès les premiers instants ?

Publié le vendredi 15 août 2014

Dès les premiers instants, le procureur et le juge Nana se sont retrouvé sur les lieux du drame. Le juge dans les normes aurait dû dès cet instant prendre les commandes de l’enquête.

Il a fallu attendre trois semaines pour que l’enquête lui revienne. Entretemps des actes essentiels pour la manifestation de la vérité ont été posés compliquant sérieusement le travail du juge.

A-t on voulu bien baliser les choses avant de les céder au juge d’instruction ? Il est possible de le penser au regard des entorses qui ont émaillé la procédure dès ses débuts.

Une disposition de la procédure pénale dessaisit de droit le procureur, lorsqu’un juge d’instruction est présent sur les lieux d’un crime. A Saponé ce soir là, c’est le juge Nana qui aurait dû de droit prendre l’enquête en main. Il aurait de ce fait commandé les premiers actes et les OPJ auraient dû travailler sous ses ordres.

Comme le juge d’instruction est indépendant et n’est pas sous les ordres de la Chancellerie, la conduite de l’enquête aurait pu s’en trouver modifiée. Or l’enquête supervisée par le parquet est forcément sujet à caution.

Rien ne dit que le dossier dont le juge d’instruction a hérité n’a pas été expurgé de certaines pièces nécessaires à la manifestation de la vérité.

Il est possible aussi que l’autopsie conduite sous la responsabilité du juge, ait été moins contestable, en cela qu’elle aurait suivi les procédures les plus indiquées.

En plus des conclusions contestables du rapport du Dr Chochois, la conduite même de l’autopsie pose problème. Comment imaginer qu’elle ait été conduite sans associer ni un médecin burkinabè, ni même un membre de la famille ? Comme l’écrit à dessein, sûrement, l’expert français, « c’est en présence de militaires… » que l’autopsie a été réalisée.

Si Dr Chochois, dont certains disent qu’il travaille pour les services français, n’a pas cru bon de mentionner « en présence de gendarmes » qui sont, et il ne peut pas l’ignorer, des officiers de police judiciaire, c’est probablement à dessein. Autre information dont il serait nécessaire de clarifier la véracité, est-ce la présidence du Faso qui a payé Chochois ? Si oui pourquoi ? N’est-ce pas le ministère de la Justice qui aurait dû s’en charger ?

Mais le plus détonant dans toute la procédure de l’autopsie c’est comment le rapport est parvenu au procureur Sawadogo. Alors que c’est lui qui a commis l’expert français, c’est le confrère Jeune Afrique qui aura, on ne sait d’ailleurs pourquoi, la primeur de l’information. C’est le confrère qui demande au procureur de donner son avis sur le rapport.

Celui-ci répond qu’il ne l’a pas encore reçu. Le confrère revient à lui un instant après pour l’informer que le rapport a été envoyé dans sa boîte mail. C’est de cette façon que le procureur Sawadogo va découvrir le rapport de l’autopsie qu’il a commandé. Depuis lors, il n’aurait toujours pas reçu le rapport finalisé et certifié de Dr Chochois.

Le juge se récuse…

Le deuxième temps fort de la procédure c’est la demande de dessaisissement formulée par le juge d’instruction. Celui-ci expose des faits qui sont incontestablement susceptibles d’entacher son impartialité dans la conduite de l’instruction. D’abord sa proximité avec le défunt et son épouse.

Puis le fait qu’en tant que membre de l’instance exécutive du SAMAB, le syndicat des magistrats en pointe dans la lutte pour la manifestation de la vérité pour Nébié, il a déjà signé des déclarations du SAMAB qui prennent position dans le dossier. Le procureur n’en tient pas compte et lui impose de poursuivre son instruction. Ici aussi, il y a une entorse aux procédures.

Le procureur est-il habilité dans le cas d’espèce à imposer au juge de poursuivre l’instruction ? Ne devrait-il pas transmettre la lettre aux instances habilitées pour examen et décision ? Qu’en sera-t-il si la partie adverse devait un jour remettre en cause la sincérité de la procédure ?

Le constat peu reluisant que l’on peut faire à ce stade de la procédure, c’est que l’instruction a commencé avec des infirmités graves, le rapport de l’autopsie n’en est pas un vraiment et le juge d’instruction n’est pas au dessus de tout soupçon.

Dans ces conditions, qu’est-ce qu’on peut attendre d’une instruction judiciaire conduite sur ces bases ? Il faut craindre que le sort du dossier ait été déjà scellé, avant même que l’instruction ne débute.

 

Les rumeurs

Le wackman de sandogo

Un wackman de Sandogo, un quartier mitoyen de Pissy aurait été surpris dans une conversation animée le lendemain de la mort du juge Nébié. Au téléphone quelqu’un lui expliquait qu’ « on a eu un. Il reste maintenant dix neuf personnes ». Le Wackman tout fier de rétorquer « moi je ne travaille pas et ça va louper ».

A peine la quarantaine, le Wackman, dont les initiales sont L.I se vante de travailler pour le gouvernement. Les voisins voient effectivement se garer à sa porte régulièrement une belle Hunday Blanche conduite par un chargé de wack, d’une des hautes personnalités de l’Etat.

Cette sollicitation rejaillit très bien sur le Wackman, dont le train de vie a changé. Il a reconstruit sa cour, acheté voitures et camions.

 

Nébié est-il allé à la présidence le soir de sa mort ?

Une rumeur persistante dit que des éléments de la garde présidentielle auraient intercepté le juge juste quand il a quitté Germain Nama. On l’aurait conduit à la présidence où il a eu un entretien.

A la sortie, ce n’est pas lui qui conduisait sa voiture. A ce qu’on dit, les dits éléments seraient prêts à déposer auprès du juge d’instruction, ce à quoi ils se refusaient quand c’était les gendarmes qui conduisaient l’instruction. Le juge Nana est-il au courant ?

Nébié et les réunions du MPP

Une autre rumeur voudrait que Nébié ait régulièrement organisé des réunions du MPP à son domicile. Réunions auxquelles aurait participé Germain Nama. Ce sont, semble t-il, ces faits qui ont excédé ceux qui ont décidé d’abréger ses jours.

Cette rumeur court, même si Germain Nama n’a jamais participé à quelque chose de semblable avec Nébié. En outre on peut s’étonner, pour celui qui a connu le défunt, qu’il se risque à de semblables légèretés lui qui a la déontologie chevillée au corps.


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