Blaise l’amoureux éconduit se lâche contre Obama !

Publié le vendredi 15 août 2014

C’est le propos de quelqu’un qui est contrarié, plus qu’une réflexion politique structurée. Blaise, l’homme fort qui n’a pas trouvé l’écho à sa dimension auprès de Washington, revient contrit. Il est obligé de tenir compte de l’avertissement.

Jusqu’au bout le grand médiateur a espéré une audience au bureau « ovale » avec Barak Obama, dans l’intention de lui dire sa théorie politique en matière de « stabilité politique », il a eu finalement droit à « un rendez-vous groupé », ils étaient trois chefs d’Etat à avoir été reçus en même temps, au département d’Etat avec un John Kerry, courtois mais assez clair sur la position de principe de l’administration Obama : « le temps des hommes forts est révolu ».

Un diplomate burkinabè qui connait bien les arcanes de la politique américaine explique que « les américains se sont partagés les rôles. Kerry et le département d’Etat ont en charge de dire les vérités qui fâchent, surtout à certains chefs d’Etat ciblés par la diplomatie américaine pour servir d’avertissement aux autres et Obama et son épouse étaient dans le rôle de séduction. Mais il ne faut pas s’y méprendre ils parlent tous le même langage ».

Un coup de gueule, pour faire contre mauvaise fortune bon cœur !

Il n’y a aucun doute là dessus, Blaise Compaoré sait que les dés sont jetés. Il ne peut pas rester au pouvoir après 2015. Dans ces conditions quel intérêt a-t-il à s’accrocher à un hypothétique référendum ? Blaise Compaoré comme chacun le sait, est un homme complexe, mais aussi transparent.

Il dit très rarement le fond de sa pensée. Actuellement, il est, non pas sur une volonté affirmée de convoquer et de tenir un référendum, mais d’agiter le référendum, comme une sorte d’épouvantail pour pousser à un consensus national qui lui permettrait, dans un montage constitutionnel transitoire à avoir « un lenga à la tête de l’Etat ».

C’est vraiment sur cette idée que se concentrent actuellement toutes les forces de ses partisans et de ses amis. « Ça va être difficile, mais nous allons nous battre pour » confie une personnalité qui fait partie du trio, qui a actuellement l’oreille du boss.

Cette personnalité ajoute « nous sommes un noyau. Nous nous concertons régulièrement pour voir ce qui est faisable. Notre conviction est qu’il faut pour la stabilité accorder un dernier quinquennat à Blaise Compaoré, pour que dans une logique consensuelle, un gouvernement inclusif par exemple, il (Blaise Compaoré ndlr) puisse nous aider à désamorcer le monstre constitutionnel qui a été taillé à sa mesure  ». Qu’est-ce qui garantit qu’en 2020 il partira ?

« Nous pensons, ajoute la source, qu’il doit le plus urgemment s’adresser à la nation dans un discours sans équivoque sur la question. De toute façon Blaise sait qu’en 2020 il doit aller à la retraite. S’il s’y refuse, nous allons tous le quitter  ». Cette entrevue a eu lieu quelques jours avant les interviews en cascade de Blaise Compaoré à nos confrères étrangers.

Réorienter la stratégie…

Ces sorties de Blaise Compaoré obligent à modifier le scénario de la mise en œuvre du « Lenga ». Il a décidé de ne pas se mettre en première ligne. Il ne parlera pas donc aux burkinabè dans l’immédiat. Il laisse le soin à ses partisans d’aller au charbon et de lui obtenir le « lenga ».

Depuis « l’appel de Gaoua », le CDP a entrepris des rencontres «  bilatérales », le Front Républicain, n’y serait pas associé. La démarche consisterait à rencontrer les « partis représentés à l’assemblée nationale ». A ce propos une rencontre aurait déjà eu lieu avec «  l’UPC » et des propositions lui auraient été faites.

« Lesquelles ? Volontairement les réponses sont sibyllines » en vue de créer la zizanie avec le MPP, dont les partisans de Blaise Compaoré cherchent par tous les moyens à aiguiser et à exacerber la rivalité avec l’UPC.

Cependant, au parti de Zeph, cette information n’est pas confirmée. Il n’y aurait pas eu, à ce jour, une rencontre avec le CDP, tranche un responsable de ce parti. 

Une deuxième approche consiste à faire intervenir, un médiateur international.

C’est peut-être dans ce cadre que Alpha Konaré, l’ancien président du Mali et non Alpha Kondé l’actuel président de la Guinée a pu séjourner discrètement en fin juillet-début août à Ouagadougou.

Cette approche serait celle que privilégie par exemple un Hermann Yaméogo, qui pense qu’il faut trouver une personnalité qui rassure le CFOP. Il y a donc actuellement deux processus concomitants.

L’un par le CDP, en direction des partis de l’opposition représentés à l’assemblée nationale et un deuxième avec le Front Républicain à la recherche d’une personnalité internationale crédible, pour parrainer éventuellement, « le dialogue sans négociation » issu de l’appel de Gaoua.

Il y aura bel et bien négociation…

 Le dialogue et la négociation auront bel et bien lieu. Les modalités sont actuellement en discussion.

Mais cela tient en une phrase « En contrepartie d’une prolongation (lenga) Blaise va tout accorder…Même l’avènement d’une cinquième république ». La discussion pourrait donc rapidement se focaliser sur la durée du « lenga ».

Actuellement les partisans du président « demandent un quinquennat. Mais ils pourraient bien s’accommoder de deux ans de transition ».

Blaise Compaoré devrait, dans une stratégie de surenchère, continuer à agiter « la menace du référendum ». Une pression à la fois sur « le front national » que sur la communauté internationale. Mais il est très peu probable qu’il passe à l’acte. Pour les raison suivantes :

- La mise en garde de la communauté internationale et notamment les Etats-Unis est assez ferme sur la question. Blaise ne prendra pas le risque d’une bravade suicidaire.

S’il peut parfois être péremptoire, comme à Yamoussoukro, l’année dernière, sur le Sénat quand il avait dit « qu’aucune marche à travers le monde n’avait contraint à modifier une loi » et comme encore récemment avec ce propos de dépit « d’hommes forts qu’il faut pour des institutions fortes », Blaise Compaoré sait qu’il ne faut pas franchir « les lignes rouges ».

- Ensuite, il n’a pas la maitrise totale du « Front intérieur », même si pour sa succession, il pense à un «  général ». Et quand on parle du front intérieur, il s’agit de l’armée.

Tout montre aujourd’hui que le front militaire n’est pas sûr. Lui-même confiait il n’y a pas longtemps à un visiteur « si des milliers de personnes déterminées convergent vers Kosyam, il n’y aura aucun militaire qui se risquerait à s’opposer à eux ».- Puis, le moment. Un référendum à partir de la rentrée scolaire est suicidaire.

En octobre le front scolaire est en ébullition, les parents sont à cran, parce qu’il faut faire face à la scolarité introuvable. C’est tout sauf en ce moment qu’il faut « provoquer les gens », reconnait une personnalité de la majorité. Or après cette période, une révision constitutionnelle dans une année électorale devient problématique.

- Enfin, non seulement il n’est pas sûr de gagner, à la loyale, un référendum sur la question qui est envisagée, mais il sait aussi qu’une fois le référendum acté, peu importe le résultat, il laissera des traces indélébiles.

Blaise Compaoré sait donc qu’il faut négocier et il va négocier. Cette voie est la seule qui peut lui assurer une sortie « honorable » avec ou sans « lenga ». C’est la voie de « l’honneur » pour reprendre le bon propos du président Jean Baptiste Ouédraogo.

Par Newton Ahmed BARRY


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