Jazz à Ouaga, Patrick, le nouveau visage du festival

Publié le lundi 4 août 2014

Patrick Kabré (deuxième) à partir de la gauche, sur l’une de ses nombreuses scènes

Patrick Kabré peut a lui tous seul, symbolisé la réussite de Jazz à Ouaga. Il faut le voir sur scène débordant d’énergie avec un timbre vocal qui lui est propre et qu’il n’envie à aucun autre artiste. Moins de trente ans et déjà de grandes scènes l’on vu se produire. Cette année encore il était à Jazz à Ouaga et comme toujours, il a encore épaté.

C’est la nouvelle figure du Festival Jazz à Ouaga, pour parler comme les catcheurs. Il a presté ce samedi avec Kutimangoes du Danemark. Une chose est certaine : Patrick respire l’art ! Entretien avec la désormais nouvelle figure du festival Jazz à Ouaga, juste après sa sortie de scène le samedi 3 mai 2014 à la clôture de la 22è édition du festival qui la vu naître.

Dis-moi Patrick, après une prestation comme celle de ce soir, comment peut-on se sentir quant on est toi ?

Je me sens biens et je suis aussi très heureux parce que le public a répondu. Parce que ce n’est pas très évident sur une scène comme l’institut français de pouvoir attirer l’attention des spectateurs. Je pense que c’est positif comme résultat.

C’est la deuxième fois que tu prends part à une rencontre artistique avec des groupes danois, l’année passée et cette année encore, que tires-tu de ces expériences ?

Une maturité totale. Cela m’a permis d’aller au Danemark, aussi en Allemagne, en France, en Hollande, en Belgique et autres. Ce qui m’a permis de rencontrer d’autres musiciens que des Danoiset tout. Avec ce groupe par exemple on a fait des tournées là-bas, puis on est revenu chez moi pour jouer. Avec cette formule, je me sens grandir de jour en jour.

Qu’est-ce qui vous unis en réalité ? Parce que c’est un art africain et eux ils sont des blancs, des danois qui jouent des sonorités danoises.

C’est vrai. On a essayé de trouver un point commun entre cette musique qui se joue en Europe, au Danemark et cette musique africaine qui est rythmée et pleine d’énergie de danses. J’essaie de m’exprimermais aussi.

Donc c’est de trouver une musique qui n’est ni de chez eux ni de chez nous. On l’appelle de la musique fusion. Donc je trouve que c’est ce qui est notre point commun. On n’essaie pas de s’imposer des choses mais on essaie de changer, de s’apporter et de partager des choses.

Patrick et la musique, cela a commencé depuis quand ?

Mais depuis très jeune. Je dirai 12 ans, et à partir de cet instant j’ai commencé à jouer à la guitare et la chance m’a permis de rencontrer pleins d’artistes qui m’ont permis de rencontrer des gens du festival Jazz à Ouaga et aujourd’hui je peux me dire que je commence à faire de la musique.

Les rencontres artistiques et les tournées, où est-ce qu’elles peuvent t’amener ?

Là je reviens d’une tournée de plus de 15 pays, en France, en Allemagne en Suède au Danemark, etc. et aussi je repars le mardi (6 mai) encore pour une tournée en France, dans des villes comme Lyon, Marseille, Toulouse, Belfort, Reims et aussi en Allemagne où je retournerai à Brême, Hambourg et aussi à Copenhague et à Bruxelles.

Finalement avec cette expérience enrichissante n’est-on pas en train d’arracher aux Burkinabè leur Patrick ? C’est vrai que Patrick c’est le début de la musique mais est-ce qu’on ne peut pas dire que Patrick est en train de partir ?

Non, je trouve que cette chose à un certain moment devient comme universelle. Il faut être sur le plan compétitif c’est comme ces réunions de l’organisation mondiale de la santé, je ne sais pas où, mais où il faut aller se rencontrer. Mais chacun sait d’où il vient. Donc là où je suis, je porte toujours le drapeau du Burkina.

Donc pour moi je suis comme une représentation du Burkinabè ailleurs. Donc le Burkina est en train de prendre plus de surface à travers Patrick plutôt que de le perdre.

Patrick, d’où te vient cette énergie si débordante sur scène et c’est quoi cette langue que tu utilises ?

Non, c’est le soleil. Je pense que je suis Burkinabè et influencé par ces plus de 66 langues, ces plus de 120 rythmes et aussi de ces diversités qu’il y a de danser. Je me dis que c’est qu’on a, ce qu’on sait faire et ce qu’on a comme valeurs.

Sur scène, tu n’auras qu’à faire cela parce que je ne sais pas faire autre chose. La preuve c’est que ce soir je n’ai pas touché à une guitare. Ce qui n’est pas facile pour moi et je me fais aussi une belle expérience.

Et cette langue que tu parles ?

Moi je dis une chose et vous vous traduisez comme vous voulez. Vous ne me comprenez pas mais je sens que vous sentez quelque chose.

On voit que tu utilises aussi ton corps, cela répond à quoi ?

On a une définition de l’art qui est que l’art est la respiration de l’âme. Donc quand l’âme respire cela peut aller dans tous les sens. Cela fait que tu peux découvrir, tu peux juste fermer les yeux, t’asseoir, etc. et je l’exprime comme ça.

Est-ce qu’on peut aujourd’hui dire que Patrick est un homme heureux de ce qu’il est devenu, à cause de ce qu’il fait ?

Très heureux de ce que je découvre parce que tu joues une chose et ce sont les gens qui la traduisent mais toi tu n’es pas devant ce miroir. Tu exprimes juste une chose et comme on aime le dire chaque chose dite appartient à moitié à celui qui l’a dite et l’autre moitié à celui qui l’écoute. Donc ce que je fais sortir, j’attends de voir ce que cela fait chez l’autre et pour ça je suis content de voir ces résultats.

Quel âge as-tu ?

Je pense que maintenant j’ai presque 27 ans.

Ce qui veut dire que tu as une carrière qui commence ?

Bien sûr.

Quelle reconnaissance as-tu pour Jazz à Ouaga ?

C’est grâce à Jazz à Ouaga que j’ai rencontré ces groupes Danois. Là ça fait plus de 10 ans que je viens à jazz à Ouaga. J’ai fait beaucoup de concours. De 2008 à maintenant j’en ai fait plusieurs et j’ai eu beaucoup de prix.

Aujourd’hui je pense qu’ils ont compris que j’ai envie d’aller plus loin et ils me poussent, ils m’ont mis sur la scène des grands. En si peu de temps ils m’ont placé si haut et je les en remercie.

Quels conseils pour les jeunes qui participent eux aussi à jazz performance… ?

Il ne faut pas hésiter à passer le concours parce qu’on apprend de ses erreurs, on apprend de ses faiblesses. On apprend en s’approchant, en regardant les autres faire et de dire qu’on voudrait bien le faire. Peut-être que des gens nous aideront à le faire.

Faire un choix après, sur le choix artistique qu’on aimera bien faire et ça je ne suis pas bien placé pour critiquer qui que ce soit. Je pense que chacun mérite et peut obtenir ce qu’il doit obtenir.

Interview de Wilfried BAKOUAN

 


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