Financement du secteur informel, « Ce sont des fonds remboursables et nous allons y veiller » dixit Blaise parfait KIEMDE, Directeur du fonds

Publié le lundi 4 août 2014

Dès le lendemain de l’annonce du financement, les locaux du FBDES n’ont pas désemplis


Evé ; Présentez nous un peu la FBEDS

Comme vous le savez, c’est un fonds de financement géré par un directeur sous la tutelle du ministère de l’économie et des finances. Sa mission, c’est l’appui à la création de nouvelles entreprises et au développement des entreprises qui existent déjà dans tous les secteurs d’activités de notre économie. Le Fonds burkinabè de développement économique et social peut aussi intervenir dans le soutien à la production et à la lutte contre le chômage.

Ce sont en gros les missions du Fonds burkinabè de développement économique et social. C’est dans ce cadre là que lorsque l’Etat a pris la décision d’appuyer certaines catégories de la population, notamment le secteur informel mais aussi l’entrepreneuriat féminin, il a confié le pilotage de ces activités à notre structure. Nous en avons l’expérience. L’année passée, en 2013, nous avons mené une opération en faveur des étudiants en fin de cycle.

Nous avons pu financer près de 104 étudiants sous forme de prêt pour leur permettre d’initier des projets. Cette expérience a été une réussite. Le ministère de l’économie et des finances a pensé que c’était bon que ce soit le Fonds burkinabè de développement économique et social qui pilote cette opération.

 

A vous écouter, cette opération n’était pas prévue dans votre financement, étant entendu que pour votre structure, il s’agit juste des entreprises formelles et le secteur informel. Comment se fait-il alors que l’ouverture de ces guichets échoit au FBDES ?

 

Comme je l’ai dit, le FBDES n’est pas une institution bancaire ou une société financière classique. C’est un instrument d’intervention d’Etat. C’est-à-dire qu’il peut intervenir à tout moment. 

A notre niveau ça peut ne pas être prévu mais au niveau du gouvernement, cela pouvait être prévu. C’est à l’occasion du conseil extraordinaire des ministres, le 24 mars que la décision a été prise d’allouer 5 milliards à l’entrepreneuriat féminin, 5 milliards au secteur informel.

C’est en ce moment que nous avons été saisis. Nous avons reçu des instructions de notre ministère de tutelle qui est le ministère des finances pour préparer tout ce qui doit être fait afin de permettre une réussite de cette opération.

 

L’opération a été lancée. Le dépôt des dossiers a commencé. Qui peut en être bénéficiaire ? Y a-t-il des préférences parmi les potentiels postulants ?

 

D’abord pour le secteur informel, si vous lisez le compte-rendu du conseil des ministres, il est dit que c’est au profit des associations professionnelles, un certain nombre d’associations bien organisées du secteur informel.

Vous savez que le secteur informel, ce n’est pas toujours aisé mais le ministère de l’industrie, du commerce et de l’artisanat a l’habitude de travailler avec des associations bien connues du secteur informel. Il y en a qui se sont créées à la faveur de cette opération. Ça s’adresse à toutes ces associations, bien organisées.

En ce qui concerne l’entrepreneuriat féminin, ça aussi, c’est suite au plaidoyer fait par les femmes. Le 8 mars à Banfora, elles ont demandé à ce que l’Etat leur permette d’accéder aux crédits pour le développement de leurs activités.

Comme vous le savez, il est difficile pour cette catégorie de la population d’accéder à des crédits. C’est à la faveur du 8 mars que le président du Faso leur avait promis de voir avec les structures du ministère de l’économie et des finances comment octroyer des crédits pour le développement de l’entrepreneuriat féminin.

En ce qui concerne les femmes, il n’y a pas de différences. Une femme qui a un projet qui peut contribuer à l’économie nationale, qui peut contribuer à la création d’emplois et qui peut contribuer aussi à la lutte contre la pauvreté peut être éligible mais il faut être Burkinabè. Ce sont les seules conditions. Au niveau de FBDES, nous ne faisons pas de différence.

Mais les conditions édictées quand même au niveau des hommes et des promoteurs privés, vous conviendrez que ça exclut. Chez les femmes, il n’y a pas de critères d’appartenance mais chez les hommes ça existe.

 

Pourquoi ces critères-là existent chez les hommes et pas chez les femmes ?

 

Pour les femmes, c’est parti d’un plaidoyer. Si vous approchez les principaux responsables du secteur informel, c’est parti d’eux-mêmes. Ce sont eux qui ont lutté et qui ont demandé à l’Etat de les appuyer.

Ce sont des associations qui sont allés faire le plaidoyer. Vous savez, que le secteur informel, comme son nom l’indique, il est informel. Il est souvent difficile de pouvoir les appréhender. Si vous ne passez pas par de vraies associations qui connaissent mieux les acteurs, il est difficile. Aujourd’hui il est là, demain il peut être à Banfora ou à Bobo.

Il faut passer par l’association pour retrouver l’auteur du crédit. Je pense que c’est une bonne chose que ça soit à travers des associations qu’on puisse identifier cette catégorie d’acteurs parce que c’est vraiment difficile. Si vous financez 2000 à 3000 intervenants du secteur informel, vous conviendrez avec moi que vous ne pouvez pas les suivre tous.

 

Avec quel type d’associations vous travaillez ? Est-ce que toutes les associations sont éligibles, ou bien vous avez un répertoire d’associations pour qui il n’y a pas de doute ?

 

Ce sont les associations professionnelles du secteur informel parce que, effectivement, il y a des confusions. Nous avons reçu ici des associations de développement, pour les orphelins, etc. alors, vous conviendrez avec moi que quant à cette catégorie, ce sont des associations qui ont des objectifs nobles.

Mais je ne pense pas qu’on prenne un prêt et être incapable de rembourser. Ce sont des fonds remboursables et nous allons y veiller. On essaie de leur donner l’information et je pense que jusqu’à présent on arrive à se comprendre que ce sont des associations qui mènent des activités économiques, qui arrivent à générer des revenus pour leur nation.

 

Comment mesurez-vous la garantie de fiabilité de ces associations ? Ça peut poser quand même un problème. Si aujourd’hui j’ai par exemple un oncle qui est à la tête d’une association je peux aller chercher la carte de militant et postuler au fonds. Comment vous arrivez à démêler tout cela ?

 

Comme vous le dites, d’abord il est difficile pour nous si nous disons que nous avons la possibilité d’entrer dans ces milieux pour savoir qui est qui, ce sera un peu mentir. L’important est qu’il y a un certain nombre d’éléments d’appréciation. Il y a tout un système qui a été mis en place pour le traitement des dossiers et qui va nous permettre quand même de pouvoir démêler tout ça et faire les choix.

Ce serait mentir que de dire que nous pouvons financer l’ensemble des membres d’une association quand on sait que nous recevons des cartons de dossiers des associations. Mais l’important c’est d’abord de choisir à partir de ces associations, des activités de femmes, qui peuvent contribuer à la prestation publique, résoudre la question de chômage mais aussi de permettre au promoteur de pouvoir rembourser le prêt contracté. C’est vrai !

Nous n’allons pas demander quel lien de filiation il y a entre un promoteur qui demande un prêt et son président mais nous osons croire. Nous avons eu plusieurs échanges avec les associations pour leur expliquer les conditions de financement. Ce n’est pas une histoire d’argent qu’on distribue. C’est vraiment pour permettre à certaines catégories d’acteurs de notre économie d’avoir un soutien.

Il est important qu’on sache aussi que ce n’est pas pour permettre à ces gens de rester dans leur situation informelle. Leur objectif c’est quoi ? Qu’on puisse permettre justement à certains du secteur informel de quitter l’informel vers le milieu formel. Si nous avons souvenance, au conseil des ministres passé on est revenu sur ça.

Le ministère du commerce, de l’industrie et de l’artisanat a facilité les choses. Aujourd’hui, on n’a plus besoin d’un million pour créer une société. On peut créer une société avec 100 000 francs. Tout cela, ce sont des efforts complémentaires qui vont, en tout cas dans les normes, permettre à un acteur du secteur informel de pouvoir quitter l’informel vers le formel.

 

Est-ce que le fonds a un dispositif par prêt, à la fin de ce programme spécial est-ce qu’il y a d’autres programmes qui vont suivre ?

 

Si l’Etat décide encore d’accompagner des couches de la société, que ce soit le secteur informel, les femmes, les agriculteurs et qu’il nous confie l’opération, ça c’est l’Etat qui décide. Maintenant, si vous voulez de façon classique, le FBDES qui a ses activités classiques finance aussi certaines catégories d’entreprises.

C’est au niveau des sociétés parce que comme autre forme d’intervention c’est au niveau des sociétés de participation à titre d’actionnaire ou de portage dans l’aide de sociétés en création pouvant susciter la création d’activités au niveau du Burkina. C’est aussi les opérations de crédits directs à court et moyen terme au profit des sociétés.

Ce ne sont pas des acteurs du secteur informel. Ce n’est pas aussi une opération assez grande, c’est au vu des dossiers que le conseil de gestion du fonds décide. Maintenant s’il y a d’autres opérations, on les portera à la connaissance de la population.

 

Ça veut dire que concrètement si quelqu’un, un fonctionnaire par exemple, décide de créer une entreprise dans le secteur informel et abandonne la fonction publique, même s’il a son projet, il ne peut pas compter sur le FBDES ?

 

Il faut bien noter que le fonctionnaire n’est pas concerné. Maintenant, un fonctionnaire qui arrête et qui ne l’est plus, pour qu’il devienne un acteur de l’économie il faut qu’il ait d’abord des papiers qui montrent qu’il est devenu quelqu’un d’autre.

Soit il a un registre de commerce ou un agrément qui montre qu’il est devenu un acteur dans un domaine précis. En ce moment, il peut bien postuler. Il peut bien se joindre à une association du secteur informel et déposer son dossier. Là, nous ne regardons pas si c’est un ancien fonctionnaire, nous le voyons en tant qu’acteur du secteur informel.

 

Vous pouvez nous donner quelques chiffres par rapport au financement, ne serait-ce que pour les cinq derrières années puisque vous dites que le fonds existe depuis les années 60 ?

 

Le FBDES est un bras financier de l’Etat pour susciter justement la création d’entreprises, la consolidation mais aussi la restructuration des sociétés en difficulté. A ce titre, il y a le programme de restructuration des entreprises en difficulté qui est également géré par un projet mais le niveau finance, c’est le FBDES qui s’en occupe.

C’est presque, à un certain moment de fonctionnement d’une société qui emploie un certain nombre de personnes et se retrouve en difficulté. L’Etat peut intervenir dans la restructuration de cette société pour lui permettre de pouvoir survivre ou de rebondir pour pouvoir conserver les emplois. Je pourrai dire que l’apport du FBDES dans la construction des sociétés est assez appréciable. Il y a des exemples de sociétés qui se trouvent dans les villes de Gorom-Gorom, de Bobo ou Banfora, qui ont obtenu des appuis financiers du FBDES.

L’important c’est quoi ? En tant que journaliste, si vous déposez votre dossier au FBDES, si l’Etat trouve qu’en vous finançant l’impact sur l’économie sera positif, il peut vous accorder un crédit pour vous permettre de mener votre activité. Donc c’est pour dire que c’est dans tous les secteurs de l’économie. La seule condition est que ce soit un projet très pertinent qui peut apporter quelque chose à l’économie nationale et qui résout également le problème de chômage.

 

Blaise Parfait Kiemdé, directeur du fonds assure, que cette argent prêté sera recouvré

Combien de temps prend le traitement de dossier ? Depuis le lancement, y en a t-il déjà qui perçoivent des fonds ?

 

C’est justement l’incompréhension. Il y en a qui pensent que dès que l’on dépose, on remplit le formulaire, dès le lendemain l’argent est disponible. Non ! Le formulaire c’est pour donner simplement des informations sur l’activité. Au dépôt, le dossier est enregistré, codifié et dépouillé au niveau d’un comité chargé de la gestion des dossiers pour que nous puissions les analyser.

Les analystes financiers vont regarder la qualité du projet, regarder la faisabilité et approcher le comité de paie pour l’analyse et la décision de financement. Vous voyez ? C’est tout un processus qui ne permet pas aujourd’hui de percevoir de l’argent dès le dépôt. Une fois qu’on a fini et qu’on t’a notifié, il y a des conventions qui seront signées. Nous pensons que d’ici la fin du mois de juillet, on pourra signer les conventions

 

Pour les deux guichets qui viennent de s’ouvrir, qu’est-ce que vous pouvez dire aux différents postulants pour les rassurer ?

 

Quand vous regardez un peu, du dépôt, jusqu’au comité de prêt, il y a un processus que nous avons mis en place pour garantir deux choses : d’abord la transparence mais aussi l’équité. Ce que je voudrais c’est vraiment rassurer tous ceux qui ont déposé leurs dossiers que s’il y a un résultat, ce résultat sera le fruit d’un travail concerté parce qu’ici il y a un comité qui a été mis en place pour examiner les dossiers.

Ce n’est pas le directeur qui regarde, c’est le comité composé d’acteurs venant du ministère du commerce, du FBDES, du trésor et du budget. Donc c’est un comité de prêt et moi, en tant que directeur, je ne fais que coordonner. C’est ce comité qui va décider au regard de la pertinence. Je voudrais aussi que les gens sachent une chose. Ce sont des prêts. Vous avez entendu que des gens disent que c’est de l’argent qu’on est en train de distribuer pour des raisons politiques.

Mais nous en tant qu’acteurs de l’économie nationale, nous connaissons l’impact d’un mauvais financement. S’il n’est pas dirigé vers des activités qui puissent réellement contribuer au renforcement de l’économie, qui puissent vraiment créer de l’emploi ; ce sera peine perdue. Et vraiment nous aurons réussi si cet argent va vers des entreprises qui se développent, qui contribuent à l’économie nationale. Peut-être qu’avec le temps quand nous aurons fini le bilan, vous pouvez revenir pour qu’ensemble on puisse visiter un certain nombre d’acteurs qui ont pu créer ou qui fonctionnent à partir de ce financement.

Peut-on savoir combien de temps prend le traitement d’un dossier et est-ce qu’il y a des personnes qui sont déjà entré en possession du fonds ?

(Rires). Justement l’incompréhension vient de là parce que beaucoup pensaient que dès qu’on a le formulaire dès le lendemain l’argent est disponible. Non, ce n’est pas comme ça. D’abord, le formulaire c’est simplement pour donner des informations sur ton activité et deuxièmement quand tu vas prendre ton formulaire, il faut aller constituer un dossier et déposer. Et il y a un système qui a été mis en place.

Déjà au dépôt, le dossier est codifié, enregistré et dépouillé au niveau d’un comité chargé de la gestion des dossiers pour être analysé par des analystes financiers qui vont regarder la qualité du projet, sa faisabilité et proposer au comité de prêt pour l’analyse et la décision de financer le projet. Donc, voyez, c’est tout un processus qui ne permet pas de donner l’argent dès le lendemain du dépôt.

Interview réalisée par Wilfried BAKOUAN

et Hamidou TRAORE


Commenter l'article (5)