Explosion de Laarlé, Pas vraiment sur la même fréquence

Publié le lundi 4 août 2014

Avons-nous encore un gouvernement ? Oui évidemment dira-t-on ! Pour s’en convaincre, il suffit d’évoquer le traditionnel point de presse du gouvernement, preuve s’il en est que non seulement nous en avons un, mais plus important, celui-ci bosse pour nous. Et pourtant, la question mérite d’être posée. Naturellement, les Burkinabè attendent de leur gouvernement, bien plus que la gestion routinière des dossiers qui lui sont soumis en conseil des ministres.

Un exemple. Depuis la catastrophe de Laarlé, aucun membre du gouvernement ne s’est prononcé sur la question. Pourquoi cela ? Le chef de l’Etat s’est envolé peu après le drame pour Conakry sans avoir pipé mot sur la question. Peut-être que les vies humaines qui ont été fauchées ne pesaient pas assez lourd dans la balance de son pouvoir pour qu’il soit nécessaire de modifier son agenda.

Mais à quel niveau de représentation devrions-nous attendre une réaction du gouvernement ? Le premier ministre, un ministre d’Etat ou un haut fonctionnaire ? Le constat ici est que rien, absolument rien n’est venu de notre gouvernement. Et pourtant, c’est bien le rôle du gouvernement d’expliquer aux burkinabè ce qui s’est passé, de présenter les condoléances de la Nation aux familles éplorées et de situer les compatriotes sur les enquêtes en cours. 

Au lieu de cela, c’est une escouade de sécurocrates que l’on a préféré envoyer au feu. Certes, le travail de ces hommes est très important, mais ceux-ci ne peuvent en aucune manière remplacer le gouvernement. On a bien compris que ce dernier entend s’abriter derrière ces sécurocrates pour fuir les vraies questions.

Exercice périlleux sinon franchement vain. Acculé par l’opinion publique qui a vu dans l’explosion de Laarlé un acte criminel, le gouvernement a choisi de faire privilégier l’hypothèse accidentelle. Depuis quelques jours, alors même que les enquêtes sont toujours en cours, on est passé de l’hypothèse à une certitude. Il s’agit désormais a-t-on laissé entendre, d’un accident.

Très bien. Mais on ne rassure pas pour autant les Burkinabè. Au contraire, ils sont encore plus inquiets. Combien y-a-t-il d’entrepôts du genre dans les villes et villages du Burkina ? Quelle est la politique du Burkina en matière d’achat, de circulation et d’entreposage d’explosifs et plus généralement de matières dangereuses ? Quel suivi exercent les autorités compétentes en la matière ? 

La catastrophe de Laarlé révèle cette réalité tragique : Il n’y a aucun dispositif fonctionnel de suivi en matière d’explosifs. C’est un fait gravissime et à l’heure où le Burkina est en plein boom minier, il est à craindre que le pays tout entier ne soit une poudrière.

En voulant écarter très vite les soupçons d’attentat contre des opposants comme pouvait le laisser penser un faisceau de coïncidences, le gouvernement se retrouve face à une réalité qui l’interpelle bien plus gravement. On est ici à tout le moins, en présence d’une insouciance criminelle.

Comment le gouvernement peut-il justifier un tel laxisme criminel ? Au lieu de passer le temps à chercher comment damer le pion à l’opposition, il ferait mieux de gouverner le pays dans l’intérêt des Burkinabè. Cinq burkinabè viennent de perdre la vie parce qu’ils ont cruellement manqué de la protection de l’Etat.

Cela vient malheureusement s’ajouter à des dizaines d’autres victimes. Sans compter les nombreux blessés et les dégâts matériels importants. Que ceux qui parlent de manière dithyrambique de la gouvernance Blaise Compaoré aient un peu de compassion pour ces victimes. Faire l’impasse là-dessus ne pourra qu’accroître le mur d’incompréhension voire de haine entre les Burkinabè. C’est la voie royale pour plonger le Burkina dans l’abîme.

Par germain B. NAMA

 

 


Commenter l'article (11)