Sommet de l’UA sur l’emploi, Un gouffre financier pour le Burkina

Publié le lundi 4 août 2014

Le gouvernement burkinabè s’est battu pour que le sommet de l’UA sur l’emploi se tienne à Ouagadougou. Il l’a finalement obtenu, mais la facture sera bien salée.

Après les 110 milliards qu’auront coûté les mesures sociales surprises et celles qui viendront suite à la probable relecture des grilles salariales des fonctionnaires, il faudra désormais inscrire les dépenses de l’organisation de la prochaine conférence de l’UA prévue pour se tenir en début septembre

Lucien Marie Bembemba a des soucis à se faire. C’est à lui qu’il revient de fournir le nerf de la guerre pour l’organisation du sommet de Ouagadougou. Blaise a décidé que sa capitale accueillera courant 2014 tout le gotha des chefs d’Etat africains. Mais visiblement les moyens pour le faire n’ont pas été évalués au préalable.

En décembre dernier, la commission de l’UA a fait droit à la requête du Burkina. En lice, il y avait aussi la Namibie qui convoitait l’organisation, mais on a préféré le Burkina. Reste que notre pays doit pouvoir satisfaire aux standards en matière d’organisation de grands sommets. 

On a souvent dit que le Burkina avait l’expertise requise mais en ce qui concerne les infrastructures disponibles, il y a manifestement problème. Pour les grands sommets organisés par l’UA, les besoins en matière d’hôtellerie tournent autour de 4500 chambres.

Ouagadougou, la belle, n’en possède pas plus de 2000. Avec le nombre de chefs d’Etat attendus, il faudra au moins 35 suites présidentielles situés dans des établissements hôteliers répondant aux normes de sécurité. Selon nos informations le Burkina n’en a que 4.

 40 milliards comme budget initial

L’ouverture d’une rencontre du genre exige une salle de conférence d’environ 4000 places. Or, il n’y a rien de tel à Ouagadougou. Bref, l’ensemble des besoins du Burkina pour faire face à l’événement, en termes d’infrastructures et autres, se chiffrent à environ 40 milliards.

C’est du reste les premières estimations faites par les services techniques. La vue d’une telle somme a donné semble-t-il le tournis à notre argentier qui a naturellement demandé de revoir la copie. Il est vrai que dans les premières estimations, il était question de construire une salle de conférence de 4000 places mais aussi des villas conformes.

Des prévisions qui relevaient visiblement d’une vue de l’esprit, vu le délai mais aussi le coût. Qu’à cela ne tienne, au Burkina, ce ne sont pas les idées qui manquent. Nombre de propositions ont été passées en revue comme le réaménagement du palais des sports, idée finalement abandonnée au profit de la salle de conférence de Ouaga 2000 qui devra être redimensionnée et adaptée aux exigences du cahier des charges.

On fera donc avec les moyens de bord mais il faudra tout de même apprêter environ un millier de places pour les séances plénières, en particulier pour les cérémonies d’ouverture des réunions. A l’aménagement de la salle de conférence, on ajoutera une infrastructure d’appoint.

Un chapiteau géant sera installé dans la proximité de la Salle de conférence pour permettre tout de même à certains participants de suivre en direct les réunions publiques à partir d’écrans télé. Il faudra aussi prévoir des bureaux pour tous les présidents et commissaires de l’UA ainsi que des salles pour les ateliers. Le recensement des salles est en cours et vraisemblablement les salles de réunion de l’hôtel Lybia devraient être mises à contribution.

Le casse-tête de l’hébergement des hôtes

Le disponible en matière de chambres d’hôtels ne permettant pas d’absorber la masse des hôtes du sommet, les ministres ont été sommés de libérer leurs villas de Ouaga 2000. On imagine qu’ils l’ont fait de bon cœur puisque l’honneur du chef est en jeu. 

Des réfections seraient en cours pour mettre ces villas aux normes. Mais ce ne sera pas suffisant. Alors des équipes sillonnent Ouaga pour identifier des sites possibles d’hébergement. Mais attention, le colonel Gilbert Diendéré veille au grain, afin que les sites retenus soient compatibles avec les impératifs de sécurité.

Toutefois, Koudougou pourrait être retenu comme un site d’hébergement, en raison de son potentiel en matière d’infrastructures (les villas des forces vives) récemment bâties à l’occasion du 52ème anniversaire de l’Indépendance. Selon l’Accord de siège passé avec le gouvernement, ce dernier est tenu de fournir à la présidente de la commission et aux frais de l’Etat burkinabé, une grande suite. De même une suite dite appropriée devrait être réservée au Vice-président et à chaque commissaire de l’Union.

Il faut noter que les frais de toutes les communications téléphoniques effectuées à partir de la suite de la présidente de la Commission devront être pris en charge par le gouvernement. Et ce n’est pas tout. Le gouvernement est aussi tenu de fournir aux membres de la commission, une indemnité dite de subsistance ainsi que des moyens de transport adéquats pendant la durée de leur séjour.

De même les billets d’avion leur seront gracieusement fournis (voir encadré N°2). Ces obligations sont supportées par tous les pays qui acceptent d’héberger les conférences de l’UA. L’Union consent certes une contribution financière et matérielle mais celle-ci est strictement encadrée. Elle ne doit en aucun cas dépasser les frais d’un sommet organisé au siège de l’institution.

Alors l’on est en droit de se demander ce que gagne le Burkina dans la délocalisation du sommet de l’UA si âprement disputée. Certes on peut rappeler à propos que le premier sommet sur l’Emploi organisé conjointement par l’UA et le BIT a eu lieu en 2004 à Ouagadougou. Serait-ce une raison suffisante pour exiger que l’évaluation du plan d’action se fasse également à Ouagadougou ?

La réponse à la question sera sans doute controversée. Mais après le récent décaissement des 110 milliards dans le cadre des mesures sociales, dépense qui n’était pas prévue dit-on au budget, sera-t-il possible de ponctionner encore près de 40 milliards (le montant exact ne pourra être connu qu’après le sommet) ? Les tenants du référendum et du sénat devraient en tout cas réfléchir par deux fois à leurs lubies qui ne demanderont pas moins de 40 autres milliards !

Par Germain B. NAMA


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