Bobo : L’effervescence des mouvements de jeunes

Publié le vendredi 25 juillet 2014

Plus que jamais les jeunes de Bobo entendent peser désormais sur le destin de leur ville. Ils ont le sentiment de s’être laissé manipuler pendant longtemps par des politiciens locaux qui ne leur ont rien apporté au change. Le foisonnement des associations en dit long sur leur volonté de s’assumer. Le risque de la récupération est réel font-ils observer, mais celui-ci ne semble pas pouvoir inhiber leur volonté de poser des actes historiques. Nous avons rencontré quelques uns d’entre eux qui témoignent de leur engagement dans l’action civique, au moment où la vie nationale s’emballe sur la question de l’article 37 de la constitution

 

Plus que par les circonstances politiques nationales, les mouvements oppositionnels à Bobo sont davantage actés part la figure de Salia Sanou. En effet, le bourgmestre a une image repoussoir en ce qu’il cristallise aux yeux de l’opinion locale non seulement l’échec de la politique politicienne mais plus encore en ce qu’il revendique fièrement un héritage politique national aujourd’hui fortement décrié.

 

Véritable symbole du paternalisme en politique, sa malheureuse sortie sur Djamilla (la fille du président) qui pourrait succéder à son père par la seule volonté du parti présidentiel a provoqué une levée de boucliers au sein du mouvement associatif de jeunesse. A un moment où les velléités de dynastisation du pouvoir font débat, une telle sortie ne pouvait que mettre de l’huile sur le feu. Avec des accents de griot provocateur, il déclara un jour que tout Bobo est CDP.

Traoré Moussa dit Moses

Une déclaration de trop pour Moussa Traoré dit Moses, qui, avec des amis ont décidé de lui donner une réplique immédiate en créant le Mouvement en rouge. Si l’apparition de ce mouvement parait spontanée, ses objectifs procèdent en revanche d’une analyse de contexte qui montre que ces jeunes ont pris le temps de la réflexion. Les burkinabè n’ont plus confiance aux partis affirme Moses Traoré, le secrétaire général dudit mouvement. La plupart n’ont pas de vision. Alors, le Mouvement en rouge a décidé de s’investir dans le nécessaire éveil de conscience des jeunes pour ne pas se laisser manipuler par les politiciens dans leur quête du pouvoir. Main dans la main avec cet autre mouvement, le Balai citoyen, ils sont tous deux vents debout, pour s’opposer à la révision de la constitution dans le but de maintenir Blaise Compaoré.

 

Même objectif au niveau de la ligue des jeunes dont la présence sur le terrain remonte à 2010, précisément le 15 octobre, à l’occasion de la commémoration de l’anniversaire de la mort du président Thomas Sankara. Son baptême de feu a eu lieu en mars 2012 lors de l’affaire dite Yves Kohoun, un vendeur de stupéfiant présumé, abattu par les gendarmes. La mort du jeune homme avait suscité beaucoup d’émoi et de colère chez les jeunes qui ont réussi à entrainer dans leur sillage des groupes de religieux. Justice pour Yves Kohoun était le mot d’ordre favori dans les manifestations. Sous la pression, l’affaire est passée en Cour d’assises en février dernier et le gendarme à l’origine du tir mortel avait été condamné à 10 ans ferme.

 

L’avènement du Balai citoyen en juin 2013 semble avoir apporté un surcroît de dynamisme au mouvement des jeunes. En effet, avec cette organisation, toute la thématique de la mobilisation va se trouver renouvelée. Avec ses figures de prou que sont Sam’s K le Jah et Smokey, la musique devient un puissant support de mobilisation. Une véritable révolution mentale est en train de s’opérer. Le regard jadis stigmatisant et condescendant sur les activités des jeunes tels les grins de thé est en train d’évoluer positivement.

 

Eloi Sawadogo de la ligue des jeunes

En effet, ces espaces de rencontre sont devenus des moments privilégiés de débats sur des thématiques de tous ordres. Cela a donné naissance à un concept : le Thé-Batteur. Des compétitions se font pour choisir le meilleur tribun. Le 5 juillet 2013, la grande finale de la compétition du

« Thé-nBatteur » a eu lieu, en présence des deux grandes vedettes du Balai citoyen avec comme parrain, l’icône religieuse, Monseigneur Anselme Sanou. Une des particularités de ces mouvements de jeunes de Bobo, c’est que leurs activités publiques sont transversales.

 

Ainsi en a-t-il été du mouvement pour l’éclairage de la Nationale N°1, ainsi baptisée en raison d’un accident triplement mortel qui a eu lieu le 4 juin 2013 sur cette voie où l’absence d’éclairage a été pointée par les jeunes comme la cause principale. Pendant une journée, la voie d’accès à Bobo, en venant de Ouaga a été bloquée. Des arrestations avaient eu lieu ce jour et un procès avait été intenté contre des manifestants. Leur jugement a été l’occasion d’un appel à la mobilisation qui a vu un palais de justice transformé en bourse du travail. On se souviendra aussi de la forte mobilisation des jeunes à l’appel du Balai citoyen devant la Sonabel à Bobo pour dénoncer les délestages intempestifs et celle de l’hôpital Sourou Sanou.

 

Sans oublier la marche de soutien aux déguerpis du secteur 31 où le cortège ce jour dépassait les 10 km selon les organisateurs. Des mouvements qui ont obligé les pouvoirs publics à des concessions. On cite comme exemple, le déguerpissement au secteur 31 qui a été suspendu. A l’hôpital Sourou Sanou, 800 millions ont été débloqués pour des achats d’équipements, le bloc opératoire qui était arrêté est aujourd’hui fonctionnel et la climatisation qui faisait défaut à l’hôpital fonctionne à nouveau. Et plus important, un avis d’appel d’offres a été lancé pour la construction d’un deuxième hôpital à Bobo. Du côté de la Sonabel, une commande d’équipements aurait été lancée pour soutenir la production et la desserte en électricité.

 

Vigilants, les jeunes ont cependant mis en place un comité de suivi des réalisations et ils brandissent la menace d’une reprise des manifestations si dans trois mois le bilan de l’évaluation n’est pas satisfaisant. Une grande marche des indignés serait en préparation qui devrait aboutir à un appel à la démission du maire Salia Sanou. La myriade des associations de jeunes pose aujourd’hui la question d’une organisation faitière regroupant tous les mouvements oppositionnels, à l’image du CFOP. Une coalition où s’élaborent les stratégies et où l’on détermine et coordonne les actions communes.

 

Anselme Somda du CAR

La naissance du CAR (Coalition anti-référendum) au lendemain du meeting du front républicain répond à cette nécessité. Pour son premier responsable à Bobo, Somda Anselme, l’action du CAR englobe également l’enrôlement biométrique. Il faut en effet que les jeunes s’inscrivent massivement s’ils veulent peser sur les choix des responsables. Reste cependant à convaincre le plus grand nombre de mouvements à s’y affilier. L’effervescence des mouvements de jeunes est aujourd’hui aux pouvoirs publics locaux une équation difficile à résoudre.

 

Salia Sanou dont le leadership se trouve directement contesté organiserait de son côté la riposte. La nuit du 30 mai, veille d’une manifestation du CFOP-Bobo, pendant qu’un groupe de jeunes veillaient sur le matériel d’animation, des activistes que l’on dit liés au maire déambulaient devant eux, armés de gourdins. « Nous sommes tous des jeunes, déclare Diakité Alexandre, leader régional de Balai citoyen.

 

Nous savons aussi nous battre. Les menaces n’entameront ni notre lutte ni notre détermination ». Des appels anonymes nous informent sur ce qui se prépare contre nous, renchérit Traoré Moses du

Mouvement en rouge.

 

Mais nous sommes vigilants ajoute t-il. Des signes d’une conflagration sont en train de s’accumuler. C’est manifestement la veillée d’armes de part et d’autre et la moindre étincelle pourrait mettre le feu aux poudres. On dit que Bobo est toujours en retard à l’allumage mais quand ça prend, les choses y vont plus vite.

 

Par Germain Bitiou Nama

 

 

Alexandre Diafodé Kaba Diakité, Coordonnateur des hauts Bassins de Balai Citoyen
Il est le prototype d’une jeunesse décomplexée. Muni d’un master en Economie et gestion des entreprises, Alexandre Kaba est inflexible quand il est convaincu de son bon droit. A maintes reprises, le maire Salia Sanou l’a croisé sur son chemin. 2012, les vendeuses des fruits et légumes avaient lancé un mouvement contre le déguerpissement ordonné par le maire. Le porte-parole des femmes en lutte c’était lui. Avec des amis, il monte un ensemble musical qui réalise une compilation pour soutenir la lute de ces femmes.

 

La compil connait un réel succès à sa sortie. Salia croit pouvoir atténuer ce succès en montant un groupe concurrent. C’est le flop. On retrouve ce jeune en juin 2013 sur les barricades de la lutte citoyenne. La route nationale N°1 (la RN1) connait
une effervescence à l’occasion d’un accident routier. Le défaut
d’éclairage en est la cause. Cet événement sera à la base de la création
d’un mouvement le M29,
ou Mouvement du 29 juin en référence à la marche meeting réalisé ce
jour de 2013 pour demander la libération des manifestants de la RN1.

 

Quand le Balai citoyen s’installe à Bobo, c’est Alexandre Kaba qui est coopté pour diriger sa coordination régionale. Ça tombe bien, les objectifs du Balai sont les mêmes que poursuit le M29. Sous la bannière de ce nouveau mouvement, d’importantes luttes seront menées. Salia Sanou amer, trouve face à lui des jeunes dont les leaders se révèlent être ses propres enfants.

 

Contre mauvaise fortune, il veut faire bon coeur. Dans un maquis de Bama où Alexandre
et ses amis avaient décidé de se restaurer, ils s’aperçoivent au moment
de payer la note que la facture avait déjà été réglée. Le maire Salia était attablé à l’autre bout du même maquis. Après les remerciements au maire, Alexandre Kaba ne peut s’empêcher d’opiner : « Nous n’arrêterons pas nos luttes pourautant !  »

GBN


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