Bembamba, sa douane et ses casseroles

Publié le jeudi 1er mars 2012

Alors que lui-même n’est pas
épargné par des accusations de pots
de vins des douaniers, le ministre des
Finances a entrepris une
réorganisation de la hiérarchie de la
douane qui n’est pas au dessus de
tout soupçon. Lui-même devra
prestement se justifier sur l’affaire
des 35 millions de la DED.

e ministre Bembamba devra
se justifier sur la destination
de 35 millions de francs qu’il
a reçu en ce mois de décembre
de la Direction des enquêtes
de la douane (DED). Une enveloppe de
plus, puisque les différentes saisies
donnent lieu à des ristournes qui sont
partagées jusqu’au ministre qui est le
supérieur hiérarchique du DG. Selon
les usages, la clé de répartition des
amendes issues des saisies se fait à
quatre niveaux : le douanier saisissant,
le supérieur hiérarchique direct,
l’indicateur et le douanier intervenant.
Mais cet usage n’est plus respecté.
Quand il y a saisie, toute la hiérarchie
est arrosée, jusqu’au ministre. Ce
dévoiement des procédures a
découragé les douaniers, surtout les
petits, qui ne font presque plus de
saisies. Ils préfèrent, quand il y a un
contentieux, s’arranger avec le
contrevenant et empocher des millions.
Parce que lorsque c’est officiel, c’est la
portion congrue qui leur revient. Ce qui
fait que notre douane fait de moins en
moins de contentieux, constat de la
Banque mondiale, mais aussi de
certaines inspections audacieuses qui
sont faites par des douaniers burkinabè
encore intègres. L’une d’elle qui date
de 2009 et dont le ministre des
Finances ne peut ignorer l’existence
attirait l’attention de la tutelle sur la
question du contentieux en ces termes :
« Il y a très peu d’affaires contentieuses
au niveau de la vérification (bureau de
Bittou). Les neuf (9) vérificateurs ont
réalisé en tout, trente affaires en 2007,
vingt sept en 2008 et trente quatre (34)
au premier semestre de 2009. « Ce qui
n’équivaut même pas à une affaire par
vérificateur et par mois ». Le rapport
signale plus loin que les performances
supposées du bureau de douane de
Bittou, qui fait des excédents d’environ
140%, ne reflète pas la réalité. « Les
recettes auraient pu être nettement plus
élevées si un minimum d’orthodoxie
était respecté ».
Ce rapport produit en 2009 a valu à
l’équipe qui l’a produit une mise en
quarantaine. Les conclusions du
rapport n’ont jamais été mises en
oeuvre. Le bureau de Bittou, pas lui
seul du reste, continue à ne pas
appliquer les dispositions de gestion
instituées par SYDONIA. Le bureau
néglige même ce logiciel et continue de
fonctionner manuellement, avec tous
les risques de dissipation des
numéraires que cela peut occasionner.
Les inspecteurs qui ont établi ce
rapport ne sont malheureusement pas
dans la fourchette d’âge qui intéresse le
ministre Bembamba. Certains d’entre
eux sont reconnus par l’ensemble de la
corporation douanière pour leur
intégrité.

La nouvelle équipe « bling bling » de Bembamba

Les observateurs sérieux de la douane
s’attendaient à une véritable catharsis
de la douane après le choc provoqué
par l’affaire Guiro. Ils sont déçus et ne
sont pas loin de croire que comme le
disent les Bambara : « on a fuit le caca
et on s’est refugié dans l’anus ». La
moralisation de la douane ne peut
procéder de cette façon simpliste du
ministre Bembamba : « vieux
douaniers, tous pourris. Jeunes
douaniers plus vertueux ». C’est même
le contraire qui est la vérité. Les vieux
inspecteurs sont relativement plus
vertueux que la majorité de la
génération « bling bling » de douaniers
qui est actuellement aux commandes.
Les vieux inspecteurs, dit-on, dans le
milieu, ne connaissent pas l’argent.
Beaucoup d’entre eux, qui sont parqués
à la direction générale, sont tous
pauvres comme des rats d’église. Ils
ont eu l’argent, dans les postes juteux,
mais ils n’ont pas su le faire fructifier.
C’était des gens un peu trop généreux..
La jeune génération est plus
entreprenante. Les quadras qui sont
actuellement aux commandes de la
douane, moyenne d’âge 45 ans, sont
tous des milliardaires et des gentlemen
farmers. Ils ont plusieurs immeubles
(des R+…) dans les quartiers huppées
de Ouaga. Ils sont propriétaires des
meilleurs maquis de la capitale et des
grandes villes et sont pour l’essentiel,
les agrobusiness men qui sont les
écumeurs du Ziro. Ils ne sont peut-être
pas tous pourris, mais si le projet c’était
de rompre avec les pratiques que l’on
reproche à Guiro, il eut fallu au
ministre de procéder autrement et non
de faire la promotion aux spécimens
qui symbolisent, sans doute le mieux,
pour certains évidemment pas tous, les
pratiques exécrables qui ont fait chuter
Guiro. A quarante ans, certains sont
déjà milliardaires après seulement
quelques années de service.

Le ver est dans le fruit depuis une
bonne dizaine d’années

Notre douane est malade de pratiques
insidieusement instaurées par la politique depuis quelques années. Les
nominations de complaisance sont
celles qui ont pourri la douane. Les DG
ont fait des bureaux juteux (Bittou,
Ouaga inter, Dakola, Niangoloko et
peut être aussi les frontières
sahéliennes), des vaches à lait. Les
chefs des bureaux sont tenus de
remonter de l’argent à la direction
générale. Cet argent arrose jusqu’aux
ministres des finances successifs.
L’exception, dit-on, fut le ministre
Diabré. Une fois, on lui a envoyé son
vloppe, en lui expliquant que c’était la
pratique. Il n’a pas pris, il a instruit les
services de douane d’envoyer cet
argent à une association de
bienfaisance basée à Ouahigouya, par
mandat poste, et de lui retourner la
preuve de l’envoi. C’est ce qui fut fait.
Hormis cette exception, aucun exemple
n’est cité.
Le ministre Bembamba, l’actuel
ministre des Finances, qui a eu par
ailleurs un passage remarqué au
budget, en raison des réformes
pertinentes dont il est l’auteur, est
actuellement la concentration de toutes
les récriminations. Particulièrement,
pour ce qui concerne la douane, même
certains PTF sont étonnés de la mise à
l’écart de certaines ressources
humaines de la douane. Ces personnes
sont considérées comme celles qui
auraient pu redresser les travers qui
sont justement reprochés à l’institution.
Les changements ont été rapides. Sontelles
les meilleures ? On verra.
En attendant, toute une génération de
compétence devrait faire valoir ses
droits à une retraite anticipée. Le
ministre n’a pas pris un décret pour
l’instituer. C’était trop risqué. Il a
préféré la voie de fait. Dans les
pratiques administratives, les voies de
fait sont toujours des abus de pouvoir.
C’est exactement ce qui se dessine à la
douane. Cette décision de retraite
anticipée ou de mise à l’écart est le fait
du « bon vouloir du prince ».Elle n’est
fondée sur aucune loi. Elle est donc
forcément injuste.


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