Me Bénéwendé Sankara, chef de file de l’opposition : "Roch et ses camarades sont les bienvenus dans la famille sankariste"

Publié le dimanche 4 mars 2012

Un an après sa création, l’institution chef de file de l’opposition n’a-t-elle pas plus contribué à diviser les partis d’opposition qu’à les unir ?
Je ne pense pas du tout. A l’adoption de la loi en 2009, il n’y avait qu’une vingtaine de partis affiliés au chef de file de l’opposition politique. En avril 2011, nous étions 34 et aujourd’hui, nous sommes une cinquantaine. Tous ces partis politiques ont fait leur déclaration et travaillent régulièrement et de façon sereine au siège du chef de file de l’opposition politique. Donc nous ne reculons pas, nous avançons. J’ai l’impression que ceux qui pensent que la loi a divisé les partis d’opposition ne suivent pas l’évolution en cours.

On sait que le pouvoir a refusé par deux fois l’application de la loi sur le statut de l’opposition en ne prenant pas de texte d’application. Le Pr Ki-Zerbo puis Hermann Yaméogo ont attendu un décret d’application. Ce n’est qu’avec Gilbert Ouédraogo que le pouvoir a pris les textes d’application. Certains pensent que votre adoubement à cette fonction n’est pas gratuit. Quel pacte avez-vous passé avec le pouvoir pour qu’il se décide à prendre rapidement les textes d’application de la loi ?
Je pense que cette question ne m’est pas destinée, vous devriez la poser au pouvoir. Il n’y a pas de pacte entre nous. Ce sont des insinuations sans fondement. J’ai simplement réussi là où beaucoup ont échoué. Je le dis avec beaucoup de fierté et dans l’humilité. C’est un travail de longue haleine que nous avons réalisé avec un certain nombre de partis politiques de l’opposition dans le CPO (cadre de concertation des partis politiques de l’opposition). Nous avons su créer une dynamique pendant les travaux des commissions mises en place par l’Assemblée nationale à la suite de la crise de la vie chère et c’est ce qui nous a permis d’obtenir l’adoption de la loi malgré le fait que l’opposition était ultra minoritaire dans cette institution. On ne peut pas réduire tous les efforts des uns et des autres à un pacte entre un parti ou un individu avec le pouvoir ou quelques uns de ses représentants. Donner un statut à l’opposition politique est un principe devenu universel dans tous les pays du monde et le Burkina Faso ne saurait faire l’exception.

Le modèle actuel est-il réellement adopté à notre contexte politique ?
La loi en elle-même a des insuffisances. Elle n’a pas doté l’institution chef de file d’un règlement intérieur par exemple. C’est une grande lacune. Ce qui fait qu’il n’y a pas de coercition.

Serez-vous prêt demain à vous aligner derrière Hermann ou Zéphirin si leur parti remportait plus de sièges que le vôtre ?
Ce n’est pas un problème d’alignement. Ce sont des mots inventés par ceux qui travaillent à détruire la loi, à salir l’image de l’institution chef de file de l’opposition. C’est une mauvaise querelle qu’on est en train de nous faire. Ce qui est important pour moi, c’est que la loi a permis de clarifier le jeu politique. Aujourd’hui, un parti qui soutient le programme présidentiel ne pourra plus se prévaloir d’une appartenance à l’opposition. Les partis qui s’assument comme étant de l’opposition peuvent travailler sereinement dans un cadre approprié avec un siège fonctionnel couvert par une immunité. Tous ces partis peuvent désormais se retrouver ici pour échanger dans la sécurité. Maintenant, que X ou Y soit devant m’importe peu. Il faut plutôt voir ce qu’on peut apporter à notre pays en terme de contribution à l’ancrage de la démocratie, à la lutte pour la résolution des problèmes des citoyens, à leur éveil de conscience pour se prendre en charge. Concernant Hermann Yaméogo, il faut relever néanmoins les contradictions de ses positionnements. Après les législatives de mai 2002 qui avaient placé son parti en tête des partis de l’opposition avec 17 députés à l’Assemblée nationale, il avait entrepris des démarches pour l’application de la loi portant statut de l’opposition, surtout les aspects liés au chef de file. Il est allé même jusqu’à rédiger pour le gouvernement et l’Assemblée nationale un projet de décret dans ce sens. Il s’était lui-même auto investi chef de file de l’opposition et toutes ses correspondances portaient ce titre. A l’époque, il avait l’appui de mon parti, celui de notre groupe parlementaire et du regroupement des partis de l’opposition appelé Concertation de l’opposition burkinabè (COB). Sa démarche n’a pas été couronnée de succès jusqu’à ce qu’il soit éjecté de l’ADF/RDA. Pour avoir soutenu les démarches de Hermann Yaméogo et accepté de travailler avec lui au sein de la COB, mon parti a connu des remous car, pour certains camarades, il était hors de question de s’asseoir avec lui. Mais j’ai estimé que c’est une question de principe qu’il faut savoir défendre malgré ce qui peut nous opposer à l’homme. Je pense qu’il nous faut souvent nous élever au-dessus de certaines considérations pour construire des bases solides pour notre démocratie. Je continuerai de le faire en dépit des incompréhensions et des obstacles qui ne vont pas manquer. Aujourd’hui, je constate que son parti refuse de se conformer à la loi.

A l’inauguration du siège de votre institution, la présence de certaines personnalités du pouvoir a été particulièrement remarquée : Tertius Zongo, Simon Compaoré et surtout Roch Marc Christian Kaboré. Ces personnes appartiendraient à la même sensibilité politique au sein du parti au pouvoir. Certains observateurs politiques considèrent qu’il existerait une connivence entre vous et cette tendance. Votre appel " Blaise dégage " lors de la crise de 2011 a notamment été interprété comme entrant dans une stratégie de conquête du pouvoir par cette tendance dont vous n’êtes qu’un pion. Quels liens entretenez-vous avec Roch et ses amis ?
Il serait bon de mentionner aussi la lettre que le président Blaise Compaoré m’a adressée à l’occasion de cette inauguration. Lui aussi ferait donc partie de leur groupe ? Que dire alors de tous ceux qui ont fait honneur à l’opposition en assistant à cette cérémonie ? Moi je ne sais pas si les autorités dont vous citez les noms appartiennent à un groupe donné. Je constate seulement qu’elles ont reçu une invitation en tant que premier responsable de leur structure et elles sont venues à ce titre. Si maintenant, certains voient autre chose, c’est leur droit le plus absolu.

Il reste que votre proximité avec Roch est un secret de polichinelle. Qu’est-ce qui explique cette proximité ?
Posez la question à Roch Kaboré.

En attendant d’avoir Roch, je vous pose la question.
On ne peut pas empêcher le journaliste que vous êtes d’avoir une sensibilité, une philosophie politique. Cette sensibilité peut se retrouver chez quelqu’un d’autre. C’est tout à fait normal.

Pour vous, en dehors des rapports institutionnels, il n’y a rien entre vous et Roch Kaboré ?
Non, il n’y a rien. Je vois que vous êtes plus un juge d’instruction qu’un journaliste. Vous vous comportez en juge d’instruction avec des méthodes d’inquisition plutôt qu’en journaliste qui pose des questions pour informer l’opinion. Je pensais que vous étiez venu pour comprendre le fonctionnement de l’institution que je dirige, comment il apporte sa contribution dans l’approfondissement de notre démocratie et tout le travail que nous faisons sur le terrain.

Ne vous inquiétez pas, il y a d’autres questions sur l’institution chef de file de l’opposition.
Là vous me rassurez. Sinon, j’ai l’impression d’être en face d’un juge. Heureusement qu’il y a la déontologie.

Vous évoquiez tout à l’heure la lettre que le président Compaoré vous a adressée pour vous féliciter à l’occasion de l’inauguration du siège du chef de file de l’opposition. En dehors de cette lettre, y a-t-il eu d’autres démarches de sa part tendant à vous consulter sur des sujets d’intérêt national comme le prévoit la loi sur le statut de l’opposition ?
Jamais. Nous avons même regretté qu’au summum de la crise en 2011, il ne nous ait pas contactés. Il aurait dû le faire.


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